Rencontre avec Jannie Haek: «La Loterie doit aider la collectivité!»

La Loterie aide aussi des associations.
La Loterie aide aussi des associations. - Photonews

Après être passé par l’Université de Gand, l’administrateur délégué de la Loterie nationale, Jannie Haek a été inspecteur des finances avant de travailler dans plusieurs cabinets de ministres socialistes flamands comme ceux de Louis Tobback ou Johan Vande Lanotte. En 2005, il devient directeur général de la SNCB-Holding. Aujourd’hui, ce papa de deux enfants s’investit plus que certains de ses prédécesseurs dans l’avenir de la Loterie.

« Le gouvernement a prolongé mon mandat l’année passée. J’ai encore beaucoup de travail. Par exemple, ce serait bien à terme de n’avoir qu’un seul site web pour la Loterie. Cela paraît simple, mais cela ne l’est pas. Nous devons aussi améliorer nos outils informatiques internes. Des projets pareils s’inscrivent sur plusieurs années ».

Il ne cache pas que « le jeu de la Loterie, c’est bien plus que jouer : 145 millions vont à l’État et 200 millions qui vont vers des projets sociaux, culturels, liés à la santé, aux sciences… pour 300 partenaires grâce aux joueurs ».

Pourrait-on distribuer plus à ces projets (sociaux, culturels.)

« Je pense que quand on compare ce que l’on redistribue par rapport à ce qui se passe dans d’autres pays, nous sommes dans les meilleures en terme de pourcentage du chiffre d’affaires. On donne 345 millions sur 1,5 milliard. La Loterie doit aider la collectivité. 100 % des bénéfices réinvestis dans la collectivité. »

Pourquoi ne pas avoir fait une loterie spéciale inondation ou covid ?

« Nous avons versé un million très rapidement pour les inondations et plus de 2 millions pour des projets covid (MSF, Banque alimentaire…). Nous avons aussi pris des mesures de soutien pour certains établissements culturels devant les difficultés financières liées au covid. Par contre, mettre un produit particulier en place pour une cause, c’est plus difficile. La toute dernière fois que cette opération a été réalisée, il s’agissait d’un tirage spécifique pour le financement de l’Atomium. »

La Loterie se porte très bien, y a-t-il une réflexion pour une privatisation un jour ?

« Nous ne sommes pas demandeurs d’une vente, ce ne serait pas intelligent vu que l’entreprise est très rentable. Il vaut mieux rester actionnaire. »

Une mise en bourse, peut-être ?

« En France, ils ont fait une mise en bourse partielle. Ils ont créé une action aimée par les Français avec une rentabilité en bon père de famille. Je vois que cela fonctionne. Nous ne sommes pas demandeurs. Toutefois, si l’État nous demande de réfléchir, nous le ferons. »

Vincent Liévin

«La disparition des librairies est inquiétante»

La diminution du nombre de libraires vous inquiète aujourd’hui ?

« Fortement. Il s’agit d’un partenaire important pour nous. Le contact entre le libraire et le joueur est essentiel. Ce sont des entrepreneurs. Aujourd’hui, nous sommes présents dans 95 % des libraires… mais de nombreuses ferment. Le paradoxe, c’est que malgré le fait que le nombre de librairies diminue, ce que nous on paie comme commission aux libraires, ne diminue pas. Ils sont victimes de la diminution des ventes du tabac et d’autres produits dans la librairie. Nous investissons toujours dans le retail. Les libraires représentent 48 % du chiffre d’affaires. »

Le site lotto.be leur fait mal ?

« Non, je ne pense pas. Contrairement à ce que les libraires pensent, cela n’a pas d’impact. Nous le voyons sur nos applications en fonction des personnes qui achètent leur ticket. Aujourd’hui, les consommateurs ont trois-quatre points de vente où ils achètent des produits et en plus, ils jouent sur le site. 60 % des activités se font sur les tablettes et les smartphones. Un quart de notre chiffre d’affaires se fait par la voie digitale. »

Vraiment ?

« Il ne faut pas oublier que les Belges dépensent 5 euros en moyenne. Pour une telle somme, nous devons être, avec nos points de vente, sur le chemin du consommateur qui est devenu plus mobile et plus volatile. Nous le voyons dans les achats dans les libraires. »

Les paris sportifs vous posent des problèmes ?

« Certains opérateurs de paris sportifs s’intéressent aux libraires. Ce n’est pas une bonne chose pour nous. Cela m’inquiète. Nous prenons le chemin inverse. Nous tenons à notre jeu historique, notre ADN. Nous voulons restaurer la confiance dans le triangle entre les joueurs, la loterie et les associations que nous aidons. »

Vous avez aussi des paris sportifs avec Scooore ?

« Dorénavant, les paris sportifs sont proposés via www.scooore.be séparant ainsi de facto les jeux de loterie traditionnels d’une part et les paris sportifs d’autre part. Nous voulons bien scinder les sites webs, les comptes joueurs… et prôner un jeu responsable. »

V.Li.

Sécuriser les cagnottes de plusieurs joueurs

Jannie Haek.
Jannie Haek. - Photonews

Les cagnottes de plusieurs joueurs sont un bien ou un mal ?

« Nous ne stimulons pas ces cagnottes. Par contre, nous serions intéressés par la création d’un outil qui permettrait de jouer entre amis de manière plus sécurisée à ce type de cagnottes. Si un jour quelqu’un nous propose une application ou un système sécurisé qui permet de jouer à 10 ou à 50 joueurs, nous serions intéressés. Évidemment, la distribution des gains entre les joueurs doit être juste. Ce n’est pas si facile avec les arrondis des gains. »

Vous accompagnez assez les millionnaires qui gagnent ?

« Les premiers jours sont très importants. Le rendez-vous se fait le plus vite possible avec l’heureux élu. Les gagnants sont conduits auprès de banques d’affaires pour être suivis au mieux. L’importance de garder ou pas l’anonymat est évoqué. Trois personnes chez nous s’en occupent en plus de leur activité habituelle. Récemment dans le cadre d’un Win for Life, la plus grande gagnante en 2021 avait 21 ans. Elle gagne 46.000 euros par an. »

Et si elle est centenaire ?

« Nous avons une assurance. »

Vous soutenez toujours autant d’associations ?

« L’État Belge profite du fait que la loterie est dans une situation saine. Nous donnons aussi aux Régions qui sont autonomes pour gérer au mieux les moyens qui leur sont donnés. Une partie va aussi vers des institutions comme La Fondation Roi Baudouin, Child Focus, les monuments de la Région des bâtiments, des musées, du patrimoine, des associations liées à la santé et aux œuvres sociales… Nous répondons aussi à des projets nouveaux proposés (58 nouveaux en 2021) par des gens qui font des demandes via un formulaire qui sont sur notre site web. »

Soutenez-vous assez le sport ?

« Les équipes olympiques sont très importantes pour nous. Nous tenons à soutenir, via la fédération, nos sportifs. Évidemment, nous intervenons aussi pour des championnats du monde ou d’Europe ou le grand départ du Tour de France … C’est important, cela crée une forme de fierté collective, une cohésion. Nous avons aussi l’équipe cycliste évidemment. »

V.Li.

Les addictions toujours à surveiller

Interdits de jeux.
Interdits de jeux. - Photonews

Que faites-vous contre les addictions ?

« Certains joueurs sont interdits de jeux en librairie ou ailleurs. Ils le demandent eux-mêmes. Par ailleurs, nous attirons l’attention sur le fait que des études montrent que les produits de tirage, comme jeux d’argent, sont sans risque au niveau de l’addiction ou la possibilité d’addiction. Nous ne voulons pas gagner de l’argent sur l’addiction de certaines personnes pour être très franc. »

Même sur internet ?

« Nous sommes l’entreprise en Belgique la plus importante en matière de e-commerce avec le nombre de comptes. Nous avons 1,4 million de comptes uniques. Sur ces comptes-là, nous avons des modérateurs. Nous sommes très vigilants. Nous imposons des limites que l’on ne peut pas contourner. C’est une grande différence avec les jeux de paris. »

Quel projet à l’avenir ?

« Nous voulons développer les billets à gratter. Cela doit devenir un pilier plus stable pour ne pas seulement dépendre du Lotto et de l’Euromillions. Nous investissons actuellement dans ces produits avec aussi des jeux digitalisés. »

V.Li.

«Un produit pour les optimistes»

Les joueurs ont moins joué pendant le covid ?

« En 2020, on a perdu entre 30 et 40 millions de chiffres d’affaires même si les libraires étaient ouvertes. »

Que s’est-il passé ?

« Notre produit est un produit d’optimiste. Il évolue avec la confiance des consommateurs. Tu rêves de gagner, mais tu joues avec ton argent de poche (« c’est d’ailleurs pour cela que les jeux de loterie intéressent moins les gens de 18 ans ») contrairement aux personnes qui font des paris. Pendant cette période, les Belges n’étaient pas optimistes. À cela, il a fallu ajouter l’effet Euromillions. »

Le Lotto se porte mieux ?

« Depuis que nous l’avons renouvelé voici quatre ans, cela va mieux. Il souffrait de la concurrence de l’Euromillions. Aujourd’hui, nous avons fortement augmenté la chance de gain au Lotto, mais aussi à tous les autres produits. Le Lotto est même moins volatil que l’Euromillions qui dépend quand même de la taille de la cagnotte évidemment. »

Les responsables politiques doivent être heureux que le Lotte se porte mieux ? Ils peuvent avoir plus de moyens pour des projets…

« Ils sont toujours satisfaits des augmentations du Lotto. Nous avons en moyenne une croissance de 4,5 %. Ils nous ont demandé cette année de faire un effort supplémentaire de 15 millions pour l’année 2021. »

V. Li.

Téléchargez notre nouvelle appli Sudinfo

Téléchargez notre nouvelle appli Sudinfo

Aussi en Belgique